Présentation

La plupart des enseignants ont choisi ce métier pour faire une différence et pour voir grandir des enfants qui vont aller de l’avant pour réaliser leur plein potentiel. C’est la base commune sur laquelle l’équipe éducative peut s’appuyer pour réfléchir à son objectif : la réussite de tous les élèves, quelles que soient les familles dont ils sont issus. Pour ce faire, nous devons agir habilement, dialoguer et réfléchir ensemble sur les meilleures manières de faire évoluer l’école.

Comment engager chacun des acteurs de l’école ? Comment modifier notre grille d’interprétation des comportements des élèves pour transformer notre façon de les comprendre ? Comment adapter nos stratégies de communication, d’enseignement et d’apprentissage pour rencontrer et
soutenir tous les enfants, quel que soit leur trouble de l’apprentissage ou leur passé ? Comment leur donner des compétences affectives, relationnelles, cognitives et sociales, des valeurs ainsi que des capacités à créer et à innover ? Comment devenir les partenaires des parents dans une démarche de coéducation ? Comment avoir une véritable influence sur les générations futures afin qu’elles créent une société différente ?

Articles de presse

Vivacité, 'La vie du bon côté' 13:00 - 14:30, 31 Octobre 2018

 Réfléchissons aux moyens de faire évoluer l’éducation et l’apprentissage. Cet ouvrage s’inscrit dans la mouvance de la parentalité positive et de l’éducation bienveillante. Il est important de remplir les besoins de l’enfant notamment le sentiment de sécurité nécessaire à toute évolution et de tenir compte de leurs émotions. Comment aider nos enfants à devenir des citoyens responsables et ouverts sur le monde ? Comment avoir une influence sur les générations futures ?

AH Info, N°158, Septembre 2018

Conférences

Video de Ysende de Hemptinne

Video de Valérie Douillet

L'alliance éducative entre enseignants et parents pour vivre heureux dans l'école de demain, Floreffe, 10 Novembre 2018

 

Il fut un temps où l’enfant puni à l’école recevait une deuxième punition à la maison. 
Ce temps est révolu et nous nous en réjouissons. Cependant, de nos jours, l’enseignant doit se justifier sur toutes ses actions, ses paroles et les résultats de ses élèves, jusqu’à l’excès. 
La confiance semble rompue et nous avons parfois l’impression que les devoirs sont toujours du côté de l’enseignant et les droits du côté de l’élève et de ses parents. Comment sortir de cette situation ? Pourquoi les chercheurs prônent-ils l’alliance éducative ? Comment la mettre en place ?
 
 

Créons l'école de demain, 3 octobre 2018, Salon de l'éducation, Bruxelles

Publications

EdCan, Le Pavillon Au millénaire. Vision d'avenir pour nos écoles, 26 septembre 2018

Repenser l’aménagement des écoles afin de stimuler le sentiment d’appartenance, l’imagination, la créativité, la collaboration et l’apprentissage des élèves.

C’est une magnifique école innovante que j’ai eu l’occasion de visiter à La Baie dans le Saguenay. Petite école primaire de 169 élèves, elle a vu l’an 1, comme nous le raconte son charismatique directeur adjoint Yves Chantal. Elle a, en effet, fait sa rentrée en septembre 2017. Elle accueille des enfants de 5 à 12 ans dans un ancien bâtiment scolaire complètement repensé par une visionnaire.

Pavillon Au millénaire de la Commission Des-Rives-du-Saguenay

Il y a plus d’un an, la directrice générale Chantal Cyr a obtenu l’autorisation de sa Commission scolaire pour créer cette école innovante. Elle voulait aménager des classes flexibles, être à la pointe de la technologie et proposer une vie scolaire en trois langues : le français qui est la langue prioritaire de l’enseignement au Québec, l’anglais dans les échanges de la vie quotidienne au sein de l’école et l’espagnol à travers plusieurs heures de cours par semaine. Pour ce faire, pendant que le bâtiment était rénové en un temps record par l’architecte Carl Hovington et l’équipe du service des ressources matérielles de la Commission, elle a réuni des enseignants motivés, bilingues et choisis pour leurs talents complémentaires pendant plusieurs mois afin de faire équipe et de penser le projet. Ils sont partis des données probantes en éducation pour élaborer leur pédagogie en choisissant l’enseignement explicite et l’approche multidisciplinaire des apprentissages. Ils ont également choisi de n’utiliser ni manuels scolaires ni affichage en classe.

Malgré leur enthousiasme et la confiance de leur Commission et de futurs parents de leurs élèves, l’équipe a subi les critiques des médias, des syndicats et d’enseignants d’autres écoles. Leur souffrance est réelle et palpable, mais heureusement, n’entache pas leur motivation et leur engagement à faire vivre leur projet et à relever leur défi. C’est ainsi que l’école ose éduquer différemment et est à l’affût des nouveautés technologiques.

Chaque année scolaire a sa propre classe modulable décorée qui est en lien avec les thèmes du cycle visé : la découverte pour les maternelles, l’environnement pour le premier cycle, la culture et l’ouverture sur le monde pour le 2e cycle et la communication et la technologie pour le 3e cycle. L’aménagement coloré et chaleureux suscite la créativité et le travail en équipe et alimente le sentiment d’appartenance à l’école dans son ensemble. Il favorise également la concentration puisque l’élève peut choisir la manière et le lieu où il s’assoit pour être bien lorsqu’il travaille. Des casques antibruit sont aussi disponibles en cas de besoin.

Pavillon Au millénaire de la Commission Des-Rives-du-Saguenay

Pour l’aspect technologique, chaque classe a son tableau interactif et chaque enfant a sa tablette numérique personnelle qui permet une véritable pédagogie différenciée et un apprentissage vers l’autonomie responsable de l’outil puisque tout élève peut le rapporter chez lui. Certaines enseignantes sont d’ailleurs à l’affût de tout ce qui se fait au niveau des applications éducatives et partagent leurs découvertes avec les autres membres de l’équipe.

Entre chaque salle de classe, une pièce commune permettant le travail en équipe par cycle favorise les projets collectifs et l’entraide entre les élèves d’âges différents. Deux matinées par semaine, les enfants sont invités à une activité de lecture flexible : ils choisissent d’aller lire à l’endroit de leur choix au sein de l’école. De petites équipes où les grands lisent aux petits se créent naturellement. Le tutorat est ainsi valorisé à tous les échelons de l’école y compris entre enseignants plus expérimentés dans un domaine auprès d’autres enseignants et vis-à-vis des parents. Une formation OneNote pour les parents est ainsi prévue prochainement.

La classe de maternelle, quant à elle, a sa pièce de jeux symboliques aménagée comme un gigantesque village LEGO®. Au rez-de-chaussée, se trouvent la salle de sports, la bibliothèque et, fait plus étonnant, un magasin d’aliments, une cuisine et une belle pièce de vie aménagée en bistro parisien. À l’extérieur, nous découvrons également une grande serre où Marie-Claude Bernard, aidée de ses élèves, cultive fraises, tomates, courgettes, poivrons, etc. En effet, l’école intègre l’horticulture et la cuisine aux cours plus traditionnels. Que d’apprentissages peuvent se faire en mesurant les plants, pesant les aliments, convertissant des mesures, observant les légumes, goûtant les fruits, etc. C’est également l’occasion de transmettre de saines habitudes d’hygiène de vie et d’alimentation. Le respect du monde végétal (et peut-être un jour animal, car l’école souhaiterait accueillir quelques animaux) est également une valeur qui tient à cœur à l’équipe. Dans la cuisine, la technologie n’est pas non plus oubliée puisque l’enseignante peut filmer ce qu’elle cuisine via un iPad et le retransmettre sur les écrans pour faciliter l’observation de tous les élèves.

L’école s’étant donné comme objectif de préparer ses élèves au monde demain n’a pas oublié les compétences relationnelles et sociales bien utiles pour bien vivre ensemble et créer en équipe. C’est pourquoi elle organise des conseils de coopération chez les grands et des discussions en classe sous forme de causeries dans toutes les classes. Le projet d’animation d’ateliers philosophiques fait également son chemin.

La direction tient à soutenir les comportements positifs en remettant des diplômes pour la persévérance, les efforts ou la motivation une fois par semaine dans chaque classe. Bientôt, les capacités de s’entreprendre, d’entreprendre et de créer seront également mises à l’honneur puisque l’école est devenue une école communautaire entrepreneuriale consciente. Elle a déjà lancé son premier projet : vendre ses cultures à la communauté parentale ou citadine. Celle-ci est d’ailleurs invitée à se rendre à l’école pour ses achats de produits biologiques et locaux par une entrée secondaire. Le projet Au millénaire est également très investi dans le mouvement québécois « École en réseau » qui mise sur l’apprentissage en réseau et invite les classes à collaborer avec d’autres classes de la province.

La réunion de toutes ces innovations augure un bel avenir à cette école du Saguenay. Bien sûr, il est trop tôt pour évaluer les résultats et il reste bien des défis à relever pour prolonger ces débuts prometteurs. Cette création nous montre qu’une Commission scolaire est capable de déplacer des montagnes pour ses écoles publiques et nous donne de l’espoir que de tels projets soient possibles quand les équipes éducatives travaillent ensemble pour rêver de nouvelles écoles adaptées aux enfants d’aujourd’hui et désirant les préparer au monde de demain. Le mode éducatif est une voie royale pour changer le monde en outillant les élèves pour le futur par des apprentissages signifiants.

 Pavillon Au millénaire de la Commission Des-Rives-du-Saguenay

UFAPEC, N° 99, Juin - Juillet - Aout 2018

Les enjeux de l'école de demain, Martin9

“Créons l’école de demain. Stratégies pour une pédagogie bienveillante et citoyenne »…Mon livre vient de paraître avec ce titre évocateur.

L’école de demain : l’enjeu est bien là. Au-delà du pacte pour un enseignement d’excellence mais également grâce à cette réforme titanesque, la société civile est appelée à se mobiliser pour créer un nouveau modèle d’école adapté aux jeunes d’aujourd’hui pour les préparer au monde de demain. Mais quel sera-t-il ? Nous n’en savons rien. Là est d’ailleurs le pari que nous devons faire pour imaginer de quoi nos enfants vont avoir besoin pour leur avenir. Cependant, le professeur en anthropologie Olivier Servais voit dans l’avènement d’internet et dans d’autres signes, la présence d’une nouvelle ère historique. Nous sommes en train de vivre en live ce que nos ancêtres ont vécu quand ils sont passés de l’Antiquité au Moyen Âge. Le psychologue français Jean-Paul Gaillard dit d’ailleurs que nos enfants sont prêts pour ce passage car ce sont de véritables mutants.

Bienveillance : l’enjeu est bien là. La plupart d’entre nous avons essayé d’éduquer nos enfants dans la bienveillance, mot qui n’était pas à la mode à l’époque de nos parents. Pourtant, les pédiatres, comme Catherine Gueguen par exemple, montrent, grâce aux neurosciences, que le bébé humain et son cerveau se développent beaucoup mieux dans un bain de bienveillance. C’est pourquoi en tant que parent, nous avons tendance à demander au Lycée qu’il offre une base de sécurité à nos enfants pour qu’ils puissent supporter l’inconfort de l’apprentissage et se développer harmonieusement. Pour cela, ils ont besoin d’enseignants qui agissent comme des tuteurs de développement ; un peu comme nos plants de tomate qui ont besoin de tuteurs pour grandir. Tout ceci ne peut se vivre que dans la confiance. C’est pourquoi les professeurs ont besoin que nous acceptions d’être leurs partenaires dans ce projet de coéducation car l’école et la maison sont les deux lieux de vie essentiels de nos enfants.

Citoyenne : l’enjeu est là aussi. En vivant aussi nombreux sur une seule planète, nos enfants vont avoir besoin de compétences relationnelles, sociales et créatives pour inventer un monde où il fait bon vivre pour tous. Nous sommes tous sur le même bateau et il est question d’apprendre à coopérer et à s’entraider pour que notre bateau-Terre reste à flot.

Une fois n’est pas coutume, je terminerai par le dernier mot : Créons. Il est question de faire tous équipe pour préparer l’avenir. Certains peuvent être paralysés par la peur de cet avenir qui les attend mais la peur est rarement bonne conseillère. Alors tâchons de nous mettre ensemble autour de la table pour créer une école dont nous soyons fiers.

Je vous souhaite de passer de bonnes vacances en laissant décanter tout cela et j’espère que nous nous retrouverons dans nos réunions d’AP dès le mois de septembre.

Bénédicte Prévost, maman d’Arthur Jeanjean

 

Pour vous ressourcer pendant les vacances, voici mes sources :

GAILLARD J.-P., Enfants et adolescents en mutation. Mode d’emploi pour les parents, éducateurs, enseignants et thérapeutes, coll. Art de la psychothérapie, 3è éd., ESF éditeur, Issy-les-Moulineaux, 2012

GUEGUEN C., Pour une enfance heureuse. Repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau, coll. Réponses, Robert Laffont, Paris, 2014

 

http://www.dominicains.tv/fr/revoir/210-communaute-numerique 

Edito, Martin9

À l’heure de terminer cette année 2016, marquée par le terrorisme au sein même de notre pays et l’arrivée des Pokémon dans nos places et nos cours de récréation, la Belgique francophone se prépare à réformer l’enseignement avec son « pacte d’excellence ». Les journaux nous en offrent quelques mesures-phares pour lesquelles nous pouvons nous positionner en tant que parent sur le site www.pactedexcellence.be. Notre AP est également le lieu où nous pourrons donner notre avis sur ces ajustements de l’école au monde d’aujourd’hui.

 

Comment va réagir l’école de nos enfants ? Est-ce que cela sera une réforme de plus, plus ou moins digérée par les enseignants ou suscitera-t-elle un véritable élan vers un renouveau pédagogique dont l’enseignement a réellement besoin ?

 

Le monde est en train de changer. Les sociologues nous annoncent que nous vivons une véritable mutation, mutation numérique accompagnée d’une profonde mutation voire fracture sociale. Certains psychologues parlent même d’enfants mutants dont le fonctionnement du cerveau change car ils vivent continuellement avec des écrans.

L’école semble parfois contrer ces changements (interdiction de rendre ses travaux tapés à l’ordinateur, pas d’ipad dans les classes pour les enfants à besoins spécifiques, etc.) et parfois les accompagner en mettant en avant les valeurs du « vivre ensemble » (journées sans GSM, discussion autour de l’interdiction du GSM pendant toutes les récrés du cycle inférieur, groupe Facebook pour favoriser l’entraide, travaux corrigés online par le professeur qui entretient dès lors une relation différente avec ses élèves…).

 

Comment faire pour saisir cette occasion d’adapter l’enseignement à cette mutation et ne pas louper le coche d’accompagner ce bouleversement ?

Il nous semble que ce n’est pas le moment de subir et de digérer une réforme de plus. Il est temps de réfléchir, partager notre point de vue et agir afin que cette réforme porte en elle les germes d’une véritable évolution de l’enseignement qui chemine avec tous les jeunes dans leur apprentissage.

Ne restons pas dans une attitude passéiste, mais ayons une vision réellement prophétique. Mettons des balises à nos ados pour qu’ils puissent grandir harmonieusement, donnons-leur les outils pour qu’ils puissent apprendre et aidons-les à acquérir des compétences sociales pour bien vivre ensemble. L’école, en accompagnant nos jeunes vers l’âge adulte, peut nous assister dans notre rôle d’éducation.

 

À cette veille de Noël, rappelons-nous les valeurs chrétiennes de notre école. Nos enfants sont les citoyens de demain. Nous les désirons autonomes et responsables, critiques et créatifs pour inventer un monde où les 7 milliards d’êtres humains peuvent vivre unis dans la paix et où le plus fragile n’est pas rejeté aux portes de l’Europe comme le fut un certain Jésus aux portes de l’auberge.

 

Chacun où nous sommes avec nos talents et nos richesses intérieures, main dans la main des enseignants de nos enfants, nous pouvons faire comme le colibri, chacun notre part, pour bâtir un monde meilleur.

Nous vous souhaitons de tout cœur de vivre profondément une joyeuse fête de Noël.

Olivier Squilbin, président de l’AP, papa de Nicolas et Antoine

 

Bénédicte Prévost-Jeanjean, maman d’Arthur

Le stress numérique chez les jeunes, analyse pour l'UFAPEC

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04.18/ LE STRESS NUMÉRIQUE CHEZ LES JEUNES

Introduction

Il semblerait que l’emploi des médias sociaux stresse certains jeunes. Cependant, il n’est pas réaliste d’imaginer que ces médias vont disparaître prochainement. Face à ce phénomène, les écoles réagissent très différemment : certains choisissent d’interdire le smartphone intramuros et empêchent l’accès au wifi, d’autres décident d’utiliser les nouvelles technologies[1] en classe et responsabilisent les élèves face à cet usage.

Dans cette analyse, nous allons tenter de voir ce que l’utilisation intensive du numérique peut avoir comme influence sur la santé et le bien-être des élèves d’après les recherches actuelles. Après avoir mieux cerné le concept de stress, nous vous proposons de faire le point sur la particularité du stress chez les adolescents pour nous attarder ensuite sur la singularité du stress numérique. Nous terminerons par des pistes possibles pour outiller les jeunes face à cette problématique.

Le stress chez les adolescents

  • Le stress : fonctionnement général

Le Québec s’intéresse depuis un bon moment à la question et il nous a donc semblé intéressant de voir ce qui se disait Outre-Atlantique. D’après la chercheuse québécoise Sonia Lupien, le stress est un phénomène physiologique naturel chez l’être humain lorsqu’il rencontre une situation qui semble le menacer. Le cerveau détecte alors un danger et réagit en sécrétant deux hormones : le cortisol et l’adrénaline. Celles-ci vont engendrer des réactions corporelles qui vont nous permettre d’avoir suffisamment d’énergie pour combattre ou pour fuir. Notons que les femmes vont également protéger leurs petits et s’affilier avec d’autres femmes pour lutter contre la menace. Même si nous devons peu nous battre pour notre survie dans le monde actuel, notre corps et notre cerveau sont toujours programmés pour le faire. Devant un danger réel, c’est un phénomène très efficace.

Cependant, il a été démontré que notre corps sécrète des hormones de stress quand il rencontre une situation qui a une ou plusieurs de ces caractéristiques : la nouveauté, l’imprévisibilité, l’ego menacé ou le sentiment de ne pas avoir le contrôle. Dans ces cas-là, les chercheurs parlent de stress relatif, car celui-ci nécessite une interprétation (consciente ou inconsciente) de la part de l’individu pour générer une réponse de stress[2]. Le rôle de l’interprétation est donc fondamental, car celle-ci peut différer d’un individu à l’autre. Une interprétation positive entraîne un « bon stress », alors qu’une interprétation négative engendre une production importante d’hormones de stress pour que celles-ci soient néfastes à long terme. Le stress peut devenir un phénomène chronique, ce qui engendre des effets nuisibles sur la santé. Notons également que le stress est un phénomène contagieux. En effet, nous sommes sensibles au stress d’autrui, même si l’élément qui stresse l’autre ne nous met pas en danger personnellement.

Par ailleurs, comme le cerveau répond de la même façon au stress absolu (face à un danger pour la survie) et au stress relatif, l’individu du XXIe siècle est sujet au stress chronique, car il vit de très nombreux stress relatifs au cours de sa semaine. De plus, contrairement à l’homme préhistorique, l’être humain moderne ne dépense pas l’énergie mobilisée par le cerveau dans ces situations.

  • La particularité du stress chez les adolescents

Comme le jeune cherche son indépendance, l’influence de sa famille va avoir moins d’importance sur son stress que celle de ses pairs. Davantage que sa bonne entente avec les siens, c’est l’appartenance à un groupe social au sein de l’école qui va être déterminante pour lui. Les recherches du Centre d’études sur le stress humain de l’institut universitaire en santé mentale de Montréal sont étonnantes puisqu’elles prouvent que les garçons se situant au bas de l’échelle de popularité sont ceux qui ont le plus haut niveau d’hormones de stress, alors que chez les filles, ce sont celles qui sont les plus populaires.

Les chercheurs québécois nous demandent d’être particulièrement attentifs à nos enfants ou élèves lors du passage entre l’école primaire et secondaire, car le niveau de stress (et de cortisol) augmente de manière très importante à cette période-là de leur vie. Pour certains enfants vivant déjà un stress chronique à la maison, cette augmentation des hormones de stress lors de la transition (…) pourrait avoir des effets délétères et mener certains adolescents à développer des troubles liés au stress chronique[3]d’autant plus s’ils vivent des périodes régulières d’intimidation à l’école comme dans les cas de harcèlement scolaire.

En effet, le harcèlement se caractérise par une relation de domination dans laquelle une violence physique ou psychologique est induite par un ou plusieurs agresseurs envers une victime. Trois facteurs majeurs le différencient de la simple dispute entre deux individus : la répétition, l’intentionnalité et un déséquilibre du pouvoir[4]. Bizarrement, les personnes subissant du harcèlement (surtout les filles) produisent trop peu d’hormones de stress, comme dans les cas de désordre d’origine post-traumatique. De plus, même les jours où le jeune n’est pas exposé aux intimidations, ses niveaux d’hormones de stress sont inférieurs à la norme, car l’anticipation du harcèlement est aussi stressante que l’exposition elle-même.

  • Le stress numérique[5] chez les jeunes

Les études sur le stress des jeunes du Centre québécois sur l’influence des réseaux sociaux montrent qu’un nombre élevé ‘d’amis Facebook’ est associé à une sécrétion plus importante d’hormones de stress chez les adolescents[6] voire à une diminution du système immunitaire, alors que la personne ressent moins de stress subjectif. Pour le stress en tant que phénomène contagieux, les filles seraient plus affectées que les garçons. Par ailleurs, le problème du harcèlement peut être aggravé par la cyber intimidation puisque, dans ce cas, le jeune n’est plus seulement harcelé à l’école mais aussi à la maison.

Il semble rassurant pour les jeunes et leurs parents d’être constamment connectés à leur téléphone intelligent. En effet, le contact vocal avec une personne importante pour nous diminue notre niveau de stress[7]. Par contre, la contagion émotionnelle d’une personne chargée négativement, lors d’une conversation neutre par textos, a un impact négatif sur l’autre personne.  De plus, l’utilisation quasi permanente du smartphone par les jeunes et leur difficulté à s’en passer sont bien réels et un lien entre cette « dépendance » et le stress semble se dessiner petit à petit. 

Toujours selon ces mêmes études, les réactions positives reçues par les adolescents via les réseaux sociaux augmentent leur estime de soi et donc leur bien-être, ce qui diminue le stress. Facebook protègerait également du stress avec un effet protecteur, lorsqu’il maintient le lien social, même si celui-ci est en ligne. Plus les gens ont d’interactions sur la toile, moins ils sécrètent d’hormones de stress. Toutefois, certains jeunes ont peu de recul sur le fonctionnement de leur propre réseau social. Peu avertis, ils ne maitrisent pas les enjeux de la construction de leur identité sur internet et sa difficulté. « Une présence sur le web est difficile à contrôler parce qu’on n’est pas seul à mettre des informations en ligne[8]. »  Un jeune avec peu d’estime de soi personnelle risque de devenir tributaire de ce que les autres vont penser de lui et lui donner comme feedback, ce qui peut augmenter sa vulnérabilité. Comme tous les jeunes sont dans un processus de développement de la connaissance d’eux-mêmes, ils sont tous potentiellement susceptibles d’être, à un moment ou un autre, fragilisés par leur réseau. C’est pourquoi une vigilance attentive et bienveillante par une présence soutenante de la part de tous les éducateurs est essentielle. De même qu’un accompagnement pour aider le jeune à se connaître, à construire son identité dans la vie comme sur la toile et à maitriser ses usages d’internet de façon critique et assumée, est indispensable.

  • Pistes pour sortir du stress

Une des manières pour sortir d’une situation de stress est de modifier l’interprétation que nous nous faisons de la situation. Pour ce faire, nous devons d’abord l’analyser pour trouver l’origine de notre stress. L’idée est de déconstruire l’élément stressant (qui peut être une situation ou une personne) en le confrontant aux quatre caractéristiques[9] pour reconstruire une interprétation nouvelle. Ensuite, nous pouvons tenter de trouver des solutions pour diminuer l’impact négatif sur notre vie en imaginant des plans B. Cela envoie alors au cerveau le message que l’on a un certain contrôle sur la situation[10]. Par exemple, un élève de 1e secondaire est stressé de passer un examen :

  • Phase de déconstruction des quatre composantes : il a le sentiment de ne pas avoir de contrôle sur la situation, car il ne choisit pas les questions ; c’est nouveau pour lui, car c’est la première fois qu’il doit passer un examen ; c’est imprévisible, car il a l’impression que le professeur peut poser n’importe quelle question et son ego risque d’être menacé s’il échoue.
     
  • Phase des plans B : a-t-il suffisamment travaillé et est-il prêt pour passer cet examen ? Peut-il imaginer comment cela va se passer en se basant sur son expérience de passage d’interrogations ? Croit-il vraiment que l’enseignant, qu’il connait depuis quelques mois, va faire des choses imprévisibles, alors qu’il a donné les compétences à acquérir et a expliqué comment les acquérir ? Et si l’élève échouait, qu’arriverait-il ? Que ferait-il ? Serait-ce si dramatique ? N’est-ce pas en échouant et en se relevant que l’on apprend ?

Ce travail prend du temps. C’est pourquoi la chercheuse Sonia Lupien propose de prendre une heure par jour, tout seul, sans aucune stimulation autour de soi11 afin de passer le message à notre cerveau que nous contrôlons la majorité des situations stressantes ; ainsi, il n’y détecte pas de danger.

Différentes méthodes permettent de lutter contre le stress. Des techniques corporelles qui permettent de respirer avec le ventre, de se relaxer avec ou sans musique lente ou de chanter ont prouvé leur efficacité. Avoir un animal de compagnie, être en contact avec la nature, tout comme le soutien social qui fournit à l’individu des ressources matérielles, informationnelles ou émotives protègent également du stress. C’est souvent ces nouvelles formes de socialisation que recherchent les jeunes dans les réseaux sociaux.

Par ailleurs, dépenser l’énergie accumulée par le stress est très important : en faisant de l’exercice de manière régulière, du sport, en dansant ou en riant. Rire est en effet bon pour la santé et diminue le taux de cortisol, l’hormone responsable du stress.

Même si un bon maternage[11] est certainement nécessaire pour le cerveau de tous les enfants, la surprotection et l’évitement de toute frustration ne leur permettent pas de développer une résistance au stress[12]. C’est pourquoi l’exposition à de faibles facteurs de stress reste intéressante.

  • Le jeûne technologique. Une bonne idée ?

Nous avons rencontré Valérie Steeves, chercheuse à l’Université d’Ottawa qui a étudié, à l’occasion d’une recherche longitudinale[13], les effets de l’utilisation des médias sociaux, le bien-être chez les jeunes. Les jeunes eux-mêmes ont avoué qu’ils ressentent des effets négatifs à y passer trop de temps, malgré le fait qu’ils aiment cela. Ils souffrent des stéréotypes en ligne, des jugements qui entrainent des conflits et créent de l’insécurité et du stress.

Après une préparation d’une semaine et de deux week-ends pour trouver des activités et les écrire dans un journal de bord, ils ont décidé de faire un jeûne technologique. Ils avaient le droit de regarder un film ou d’écouter de la musique à condition d’être accompagné.

Les adolescents avaient émis certaines réserves comme l’obligation d’avoir leur Gsm pour rassurer leurs parents, d’utiliser internet pour leurs devoirs, de s’ennuyer et de ne pas savoir gérer le vide. Cependant, les résultats de cette action ont été positifs : après un temps d’adaptation, les adolescents ont apprécié avoir plus de temps pour travailler et ont ressenti moins de stress. Ils ont aimé prendre du plaisir à être en famille ou entre amis pour parler, jouer à des jeux de société, lire, cuisiner, se promener. Ils sont davantage sortis cette semaine-là et se sont endormis plus facilement.

A la fin de l’expérience, les adolescents ont dit se rendre compte que la technologie est utile si elle est bien utilisée. Toutefois, ils souhaitent la contrôler davantage et apprendre à l’utiliser différemment. Même si l’expérience a été concluante, il ne suffit pas de faire une fois un jeûne technologique pour en ressentir les bienfaits, car quelques semaines plus tard, les routines avec le numérique reprennent leur place.

C’est pourquoi la chercheuse propose de faire une semaine de jeûne tous les deux mois pour permettre aux adolescents de reprendre le contrôle sur leur temps et de mieux vivre et communiquer avec leurs parents et leurs amis. De plus, les jeûnes technologiques sont intéressants quand ils sont collectifs. C’est pourquoi la chercheuse et les adolescents incitent les autres jeunes à faire ce choix avec leurs amis et proposent aux écoles de l’instituer régulièrement, afin que les professeurs ne leur demandent pas d’utiliser internet pour faire leurs devoirs pendant cette semaine.

Conclusion

Les réseaux sociaux ne semblent pas être le diable pour notre cerveau et nos niveaux de stress. Ceux-ci peuvent aussi avoir des effets positifs si l’on contrôle certains facteurs. Si le jeune a un réseau d’amis Facebook avec qui il entretient des interactions positives, il possède ainsi un soutien social qui le protège du stress. Par contre, dans le cas de harcèlement ou d’exposition constante au stress des autres, il faut absolument lui apprendre à s’en protéger. En effet, les chercheurs préconisent d’apprendre aux adolescents à apprivoiser leur stress pour ne plus en être victimes et à reprendre le contrôle sur les outils numériques. Un jeûne technologique, une semaine tous les deux mois, avec débriefing en classe avant et après, en proposant des documents pour les familles, semble être une initiative qui porte des fruits. Le GSM avec l’accès continu à internet est un véritable défi pour tous les éducateurs. L’Ecole doit se saisir de cette opportunité éducative et développer l’éducation aux médias avec les jeunes et leur smartphone de façon beaucoup plus systématique. L’UFAPEC réitère son souhait de créer une véritable alliance éducative entre les familles et les écoles sur la question, celle-ci semblant encore plus nécessaire aujourd’hui que par le passé.

L’UFAPEC tient donc à répéter la recommandation déjà préconisée en 2011 dans l’analyse de Michaël Lontie[14] et dans le mémorandum de 2014 : l’utilisation des nouvelles technologies a une place à l’école dans une pédagogie d’ouverture au monde actuel et aux jeunes d’aujourd’hui. Ceux-ci ont besoin d’un réel apprentissage de tous les outils qu’ils utilisent avec une éducation qui leur permet de gérer leur stress en général et leur stress numérique en particulier. L’UFAPEC rappelle qu’elle souhaiterait que le monde politique prenne conscience de ce défi demandé aux enseignants et que les formations initiales et continues soient adaptées à ces besoins et au monde d’aujourd’hui. Celles-ci gagneraient d’ailleurs à se généraliser, car les défis du numérique rendent notre vie de plus en plus complexe. Si les enseignants ne veulent pas être à leur tour stressés par la nouveauté, le sentiment de perdre le contrôle ou d’être dépassé devant leurs élèves, ils ont intérêt à ne pas fuir le stresseur, mais à apprendre à le dompter.

 

 

Bénédicte Prévost

 

 


[1] Par nouvelle technologie, on entend les ordinateurs portables et fixes ainsi que smartphones et tablettes connectés ou non à internet. Cela peut également signifier les robots, les tableaux blancs interactifs, etc.

[2] S. LUPIEN, Par amour du stress. Des conclusions scientifiques. Une présentation facile, éditions au Carré, Boisbriand, 2010, p. 50.

[3] Ibid., p. 138.

[4] Ibid., p. 142.

[5] Défini comme « la conséquence de l’amplification des mécanismes de stress par un environnement numérique omniprésent » par Wikipédia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Stress_num%C3%A9rique).

[6] S. LECLAIRE, Facebook : stressant ou déstressant ? dans Mammouth Magazine, n°17, Automne 2017, p. 5.

[7] M. VERREAULT, La ‘nomophobie’ ou la peur d’être coupé du monde virtuel, dans Mammouth Magazine, n°17, Automne 2017, p. 7.

[8] Qui suis-je sur le web ? Construire son identité numérique. Collection Repères du CSEM, 2018. http://www.csem.be/collectionreperes#mini-dossier-2

[9] CINE : Contrôle, Imprévisibilité, Nouveauté, Ego menacé.

[10] S. LUPIEN, Par amour du stress. Des conclusions scientifiques. Une présentation facile, éditions au Carré, Boisbriand, 2010, p. 155.

[11] Répondre aux besoins de l’enfant de manière cohérente et adaptée à son âge.

[13] Etude où une équipe de chercheurs suit une population ciblée pendant plusieurs années.

Enseigner à des mutants quand on est semi-mutant, Les parents et l'école, UFAPEC, n°95

Ateliers

Chère enseignante,
Cher enseignant,

Vous avez choisi ce métier pour voir grandir des enfants et réaliser leur plein potentiel ?
En cette fin d’année scolaire, vous avez envie de vous ressourcer grâce à votre créativité ?

Bénédicte Prévost, enseignante en secondaire et auteure du nouvel ouvrage Créons l’école de demain propose de vous amener à échanger autour des thèmes du bienêtre et des règles de vie au sein de votre classe.  

Cet atelier gratuit s’adresse à tout·e enseignant·e soucieux·se de réfléchir à l’école de demain et aux moyens de faire évoluer l’éducation et l’apprentissage.

 

Date : Mercredi 13 juin 2018
Heure : de 14h à 16h
Lieu : Éditions Érasme – Place Baudouin 1er, 2 – 5004 Bouge
Matériel à prévoir : des revues à découper, des ciseaux et de la colle 

Inscription obligatoire via l’adresse mail suivante : communication@editionserasme.be

 

Dans l’attente de vous y rencontrer,

 

Bénédicte Prévost et l’équipe des Éditions Érasme

 

Témoignages

Danielle,
conseillère pédagogique,
Québec, Canada

“C’est le livre que j’aurais voulu écrire”

Patricia,
responsable du programme d’éducation affective et sexuelle et coordinatrice du programme de prévention à la consommation des drogues,
Chili

« Ton rêve pour les écoles est le mien aussi. Il faudra changer beaucoup de regards pour y arriver. Merci d’avoir le courage d’écrire »

Sandrine,
enseignante,
Belgique

« J’ai commencé à lire ton livre. J’aime déjà bien l’introduction : l’idée que le monde a changé et qu’on ne peut donc plus faire comme avant. Et : suis-je une partie de la solution ou bien ma façon de faire est-elle ce qui nourrit le problème ? Bref, la lecture qu’il me fallait pour redémarrer »

Myriam,
institutrice maternelle,
Belgique

« Je voulais te dire bravo pour ton livre. Quel bel outil pour les enseignants! Tu amènes, en même temps, une démarche réflexive et novatrice et un espoir pour rénover l’école. »